Equipe de France : équipe-type? type d’équipe ?
A travers le match match réussi en Bosnie, quelques associations de joueurs ont particulièrement bien fonctionné :
- la complémentarité de la charnière centrale Mexès-Rami devient plus évidente. Les deux défenseurs centraux ont su faire preuve à la fois d’agressivité face aux attaquants adversaires et d’une certaine application dans les relances;
- la solidité, la tonicité et la technicité du milieu à trois Diarra-M’Vila-Diaby a crevé l’écran et étouffé le milieu de terrain bosnien. Comparativement au triangle de 98 Deschamp-Karembeu-Petit, il y a peut-être moins de sens tactique, mais certainement plus d’impact physique;
- la liaison côté gauche Clichy-M’Vila-Malouda a laissé entrevoir de belles promesses de combinaisons. La rapidité de transmission entre ces trois joueurs amène le premier but. Côté droit, c’est moins évident. Sagna reste trop timide dans son apport offensif. Valbuena et Diaby jouent plus dans un registre de provocation et de perforation.
A titre individuel, les performances de Diaby et de Benzema apportent indéniablement une valeur ajoutée à l’équipe de France.
Je crois que Laurent Blanc, au-delà d’une équipe-type (Ribéry ou Nasri au lieu de Valbuena? Gourcuff à la place d’un des trois milieux dans une version plus offensive?), a trouvé une organisation d’équipe qui correspond au profil des joueurs dont il dispose, c’est-à-dire une configuration qui permet d’allier leurs capacités techniques à leurs importantes capacités physiques. En 98, certaines dominances caractérisaient l’équipe championne du monde : physique derrière, tactique au milieu et technique devant. En 2010, c’est apparemment d’autres caractéristiques qui ressortent : physique derrière, physique au milieu et technique devant. Une autre époque. un autre type d’équipe.
Equipe de France : Blanc confronté à des limites !
Passé le temps du dépit suscité par le nouvel échec des Bleus, il convient de se tourner vers le match qui se profile contre la Bosnie. Force est de constater que le passé glorieux de l’Equipe de France paraît déjà si loin qu’on pourrait le croire s’évaporer. A l’évidence, il est bien difficile de faire avenir d’un passé qui s’éteint. On a chargé Laurent Blanc de rallumer la flamme bleue : lourde mission. Mission impossible? Toujours est-il qu’il s’y emploie avec des vents contraires guère favorables au chemin qu’il veut tracer. Il a tenté de mettre en place un cadre, avec des règles de vie commune plutôt stricte. Il ne faudrait pas qu’il se rigidifie trop. J’ai trouvé que certains joueurs français avaient une attitude pas tellement authentique au moment de l’hymne national. Ils chantaient parce qu’on leur avait suggéré l’idée de clamer les paroles guerrières de la Marseillaise. C’était sans conviction. Or, on a besoin de joueurs libérés, pas trop bridés. Entre le laisser-aller de Domenech et le raidissement de Blanc, il doit exister une juste mesure dans le management des hommes. Il y a un parallèle entre cette suggestion de chanter les hymnes de Blanc et cette suggestion de faire se lever les léèves quand le prof entre en cours de Châtel (Ministre de l’Education). Ce n’est que pure forme. L’autorité ne se joue pas là-dessus, mais bien plus dans la relation que le sélectionneur va établir avec ses joueurs. Et puis, au fait, en 98, Zidane ne la chantait et Barthez se marrait… Revenons au jeu.
Le principe de réalité contraint le sélectionneur à composer avec les limites actuelles des joueurs sélectionnés :
- Il a innové en faisant appel à des joueurs qui semblent avoir l’étoffe pour s’imposer au niveau international. On a pu voir – par intermittence – Rami et Rémy s’engager, prendre des initiatives intéressantes. Eux au moins ne sont pas inhibés par cette promotion en Equipe de France. Mais, pour l’instant, le meilleur choix de Laurent Blanc, c’est incontestablement Yann M’Vila. Il fallait oser titulariser ce jeune Rennais de 20 ans. Ses nombreuses interceptions, sa capacité à dynamiser le jeu de son équipe et son volume de jeu sont des atouts dont le sélectionneur ne devrait plus se priver. Dans l’affaire, c’est Diaby, plutôt transparent contre la Biélorussie, qui devrait laisser sa place à Alou Diarra. Choisir, c’est prendre des risques. Si Blanc croyait beaucoup en Hoarau, il a peut-être un point de vue moins enthousiaste après sa dernière prestation guère convaincante. Outre le fait qu’il n’ait pas apporté suffisamment de mouvement et de solutions offensives, sa présence a eu un effet pervers en stéréotypant le jeu des Bleus. Les longues touches des latéraux à la recherche d’une déviation de la tête de Hoarau non seulement ralentissent le jeu (le temps que Clichy et Sagna essuient le ballon et s’élancent…) mais aussi deviennent tellement prévisibles que la défense adverse se régale. Benzema devrait revenir, ce qui change la configuration de l’attaque. Quel complément au Madrilène? La prise d’espaces d’un Briand, la combattivité d’un Valbuena, la précision d’un Gameiro ou bien la fine technique d’un Menez? Je mettrais bien une petite piécette sur le Lorientais.
- Ce qui est probablement le plus inquiétant, c’est la faible qualité technique démontrée par les joueurs français. Le ballon ne circule pas vite car les solutions offertes ne sont pas lisibles pour le porteur, les conduites de balle et certains passes par trop incertaines. Est-ce conjoncturel ou bien plus profond? Je pencherai hélas pour la deuxième réponse si on regarde le peu de joueurs français évoluant dans le gratin européen. Nous sommes au creux d’une vague et je crains guère qu’il faille être patient avant de retrouver un jeu flamboyant. Bon courage à Laurent Blanc !